Construction navale

244 bateaux construits au premier trimestre 1901, en Bretagne nord

Lancement à Roscoff au chantier Kérenfors du « Laissez dire » un lougre pour le port de Sous-la-tour  le Legué quartier maritime de Saint-Brieuc  (coll. privée)
Lancement à Roscoff au chantier Kérenfors du « Laissez dire » un lougre pour le port de Sous-la-tour le Legué quartier maritime de Saint-Brieuc (coll. privée)

 

244 bateaux neufs lancés dans les chantiers navals de Bretagne nord, pour un trimestre, ce chiffre peut paraitre étonnant  nous allons voir grâce aux statistiques publiées dans La revue Maritime du ministère de la Marine (T49 du quatrième trimestre 1901)  ce qu’il recouvre.

 

En premier lieu cette statistique  ne correspond pas à l’ensemble des constructions mais uniquement aux bateaux de pêche  Les chantiers de Bretagne nord construisaient également à cette époque de nombreuses unités destinées au bornage et au cabotage et également des yachts mais ceux-ci étaient plus rare.

 

Bateaux de pêche lancés entre  le 1er janvier et le 31 mars 1901

 

Port

Type de bateau

Nombre

Tonnage par port

Cancale

Terre-Neuvier

1

non renseigné dans la statistique, estimée à 300 tx

Saint-Malo

Trois-mâts barque pour Terre-Neuve

1

400 tx

La Landriais (Rance)

Doris

215

280 Tx

Paimpol

Côtres et goélettes

4

236,14 Tx

Pleubian

canots

2

2,28 Tx

Plougrescant

chaloupes

4

14 Tx

Roscoff

Sloop et canots

4

15.56 Tx

Plouguerneau

Divers (certainement des canots goémoniers)

7

17,5 Tx

Aberwrac’h

Canots

3

7,51 Tx

Portsall

Canots

2

3,86 Tx

Molène

Barque

1

9,86 Tx

 

244 bateaux pour un total de 1386 tonneaux.

Ce  tableau montre bien la diversité des constructions navales en Bretagne nord qui vont du Trois-mâts barque de 400tx au modeste doris d’1,3 tonneaux. Le nombre important est évidement fait par les doris : 215 nouveaux doris.  Les doris  indispensable aux bâtiments terre-neuviers pour la pêche sur les bancs de Terre-neuve avaient une durée de vie limitée. L’administration de l’inscription maritime exigeait  pour la sécurité des équipages que chaque doris ne fasse pas plus de deux campagnes sur les bancs de Terre-Neuve.  Au retour des bancs l’ensemble des doris repassait en chantier pour être inspecté  et éventuellement réparé. Si le doris était en bon état il repartait pour une seconde campagne. Si il avait fait deux campagnes ou si au bout de la première campagne les réparations étaient trop couteuses il était alors vendu d’occasion et était utilisé comme annexe ou à la petite pêche ou  il naviguait souvent pendant de nombreuses années. A cancale et dans les campagnes du pays Malouin lorsque le doris était arrivé irréparable il était souvent coupé en deux et dressé verticalement dans le jardin ; muni d’une porte et devenait alors la cabane des commodités.

 

Doris des bancs, d’un des derniers terre-neuviers de Saint Malo, le lieutenant René Guillon (Coll. Musée de la pêche de Concarneau)
Doris des bancs, d’un des derniers terre-neuviers de Saint Malo, le lieutenant René Guillon (Coll. Musée de la pêche de Concarneau)

 

Certain chantiers comme celui de Lemarchand à la Landriais sur la Rance c’était fait la spécialité de la construction des doris en série, d’après Jean le Bot qui avait collecté la mémoire du chantier  au près du dernier patron le père Lemarchand les doris était produits en série : 10 doris étaient au tracé et au débit des bois, 10 étaient en assemblage dans l’atelier et 10 en finition. Ce chantier en produisait à peu près 250 par an.

 

Trois-mâts barque terre-neuviers, certain ont été construit spécifiquement pour faire la pêche à la morue, d’autres sont d’anciens petits long-courriers en bois
Trois-mâts barque terre-neuviers, certain ont été construit spécifiquement pour faire la pêche à la morue, d’autres sont d’anciens petits long-courriers en bois

 

A l’opposé en taille, on trouve un trois-mâts barque de 400tx, construit à Saint-Malo, certainement au chantier Gautier  il représente les plus grosses unités pour la pêche construite en Bretagne nord,   toutefois il n’est pas le plus représentatif des navires terre-neuvier le gréement carré qui présente beaucoup de poids et de fardage au mouillage n’est plus celui adopté par la plupart des armateurs terre-neuviers au début du XXème qui lui préfèrent celui de trois-mâts goélette  qui devient alors le navire terre-neuvier type.

 

Paimpol ou Binic sont également en capacité de construire des navires de fort tonnage. Les charpentiers des autres ports construisent des bateaux plus modestes. A Pleubian 2 canots d’un tonneau à Plougrescant les 4 chaloupes de 3,5 tx sont certainement  des goémoniers gréé en flambart. La côte du Léon n’est pas en reste pour la construction de nombreux goémoniers.

 

J’ai été étonné de voir la construction d’une barque de 9.86 tx sur l’île de Molène, n’ayant pas connaissance d’un chantier sur l’île  C’est certainement un sloup destiné à la pêche aux crustacés toujours en développement à cette époque.  En Bretagne nord les constructions navales insulaire semblent très marginales contrairement aux constructions navales sur Belle-Île dans le Morbihan qui produisaient de nombreux bateaux.

 

1901 n’est pas spécialement une année chargé pour la construction  navale,  une étude plus globale de ces statistiques sur plusieurs années permettrait d’avoir une vue d’ensemble.

 

Pour la saisonnalité des lancements,  c’est sûr que les nouveau doris sont prêt avant  le départ pour les bancs Terre-Neuve en mars  ou avril  on peut penser aussi que les canots goémoniers sont lancés avant la nouvelle saison au printemps, pour les autres bateaux aucune saisonnalité s’impose Dans  les ports armant à la pêche à la morue, les chantier emploient en hiver des gars qui sont embarqué à la pêche à la belle saison, toutefois  l’activité de construction neuve cède la priorité au réparations sur les navires terre-neuviers et islandais. 

 

 

Préparation du lancement d’un flambart goémonier, par le chantier Bernard de Plougrescant, vers 1900 l’aïeul Bernard patron du chantier était surnommé Bernard l’Hermite, la peinture de la coque au coaltar est certainement à la charge du nouveau patron
Préparation du lancement d’un flambart goémonier, par le chantier Bernard de Plougrescant, vers 1900 l’aïeul Bernard patron du chantier était surnommé Bernard l’Hermite, la peinture de la coque au coaltar est certainement à la charge du nouveau patron
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Chantiers navals de Bretagne nord

Les chantiers Gautier à Saint-Malo, navires terre-neuviers en construction
Les chantiers Gautier à Saint-Malo, navires terre-neuviers en construction

Ce premier article sur les chantiers navals de Bretagne nord est une introduction à une suite d’articles sur différents chantiers, ou sur des pratiques spécifiques comme l’abatage en carène

 

De nombreux chantiers

 

L’activité de construction de navires a certainement toujours existé sur nos côtes. Bien évidement la construction navale répond à la demande locale et va par conséquent varier dans le temps et dans l’espace. Lorsque la demande est forte, comme à la fin du XIXème pour les pêches à la morue à Terre-neuve et en Islande ou la pêche locale, l’activité des chantiers est en pleine croissance, des chantiers existants grossissent, des nouveaux chantier apparaissent. L’exemple de Paimpol est caractéristique, vers 1850, les rares chantiers paimpolais sont très modestes et leur production est limitée aux navires de petite taille. Vers 1900, la situation a basculé : de nombreux chantiers construisent des goélette pour l’Islande, des dundées et goélettes de cabotage, des sloups à vivier pour les homardiers de Loguivy, et quelques yachts. Ils font alors travailler plusieurs centaines de charpentiers, de calfats, de forgerons. A partir de 1920, l’activité de construction paimpolaise diminue considérablement, pour se réduire à nouveau à quelques petits chantiers.

La situation de Cancale est semblable, avec la construction au tournant du siècle de trois-mâts goélette terre-neuviers au port de la Houle

 

La dimension d’un chantier est très variable, elle peut aller du simple charpentier semi-itinérant qui se déplace chez « son client » travaillant seul à la construction de canot, au chantier capable de construire simultanément plusieurs grands navires comme le chantier Gautier à Saint Malo, mettant en place des solutions intégrées permettant de livrer le navire complètement armé aux armateurs.

 

 

Adrien Briand (1878 1945) construit un joli canot devant chez lui à Ploumanac’h
Adrien Briand (1878 1945) construit un joli canot devant chez lui à Ploumanac’h

Des hommes qui ont fait ses chantiers

 

La croissance d’un, chantier, la qualité des construction, les évolutions techniques sont souvent dus à l’intelligence, au génie des maitres charpentiers patrons de ces chantiers. Je pense à Louis Laboureur de Paimpol qui créa vraiment un type de navire : la goélette de pêche en Islande ou les chantiers Kerenfors de Roscoff qui construisirent de magnifique unités pour le cabotage, la pêche ou des yachts. Dans le cas de Kerenfors on peut parler d’une dynastie familiale de charpentier

 

 

Chantier naval, à Cancale, les membrures d’un terre-neuvier sont dressées à l’aide de deux bigues après leur assemblage à plat
Chantier naval, à Cancale, les membrures d’un terre-neuvier sont dressées à l’aide de deux bigues après leur assemblage à plat

La formations des charpentiers

 

Pour la marine, les charpentiers de navire sont depuis longtemps considéré comme du personnel stratégique pour les arsenaux, ils sont soumis au régime des classes puis après la révolution ils sont inscrit maritime.

Le charpentier commence souvent jeune à l’âge de 10 à 13 ans comme apprenti dans un chantier , il va se former, sur le tas, en travaillant avec les charpentiers et les calfats. Son service militaire se fait dans les arsenaux ou comme charpentier embarqué à bord des navires de la royale. Il devient charpentier, seul certain accède au tracé en vrai grandeur, des patrons gardent secret l’art du tracé et ne le transmettent qu’à leur successeur . Au bout de quelques année comme ouvrier, ou contremaitre dans un grand chantier certain d’entre eux s’installent à leurs compte.

 

Charpentiers des grève, changement des bordés de fond sur un petit canot sur la grève avec quelques outils à main
Charpentiers des grève, changement des bordés de fond sur un petit canot sur la grève avec quelques outils à main

Ou sont les chantiers ?

 

La répartition géographique des chantiers sur la côte de Bretagne nord est inégale. Bien qu’il exista de petits chantiers, à peu près partout sur la côte, on peut caractériser trois grands pôles de construction : le premier pôle : le pôle malouin en y associant les nombreux chantiers de la Rance et ceux de Cancale. Le pays de Saint-Malo est le pole historique de la construction navale, elle s’est développé à grande échelle à partir du XVIIème siècle

le second pôle Paimpol et sur la baie de Saint-Brieuc Binic et le Légué construisant pour le cabotage et la pêche à la morue.

le troisième dernier pôle : la baie de Morlaix Carantec et Roscoff. Le développement de la construction à Carantec est récent au long du XXème siècle

La partie ouest, du nord de la Bretagne, est moins productive, peut-être par le manque d’arbre, les iles sont quasiment absente de cette liste, à l’exception que quelques charpentier effectuant des réparations

 

 

Un thonier pour l’île de Groix est prêt à être lancé au chantier Chevert à Binic
Un thonier pour l’île de Groix est prêt à être lancé au chantier Chevert à Binic

Les types de navires construits

 

Les chantiers répondent en premier lieu à la demande locale, canots, goémoniers, sloups, gabare, mais aussi des bateaux de charge armés au bornage ou au cabotage, la grande pêche, au XVIII on construit également pour le long-cours, ou des navires spéciaux comme les navire d’exploration polaire du Commandant Charcot le Français et le Pourquoi Pas.

 

Nous y trouvons également un peu de « grande marine », à la fin du XVIIIème sous le règne de Louis XVI et le ministère de la marine de Sartine, de petites unité mais aussi des navires plus important comme des frégates sont commandé au chantiers « civils » de Saint-Malo. En 1777 et 1778 huits frégates sont construites à Saint-Malo Sous la révolution, un arsenal s’installe à St-Servan

 

Toutefois la production reste assez artisanale, les chantiers n’évoluent pas vers la construction métallique contrairement à ceux des grandes ville , comme Nantes, Bordeaux ou le Havre.

 

Combiens de bateaux sont ils lancé ? Des milliers, de bateaux ont été construit en Bretagne Nord. Vers 1900 à Paimpol ou à Saint-Malo, à chaque grande marée ont lieu des lancements de grandes unités.

 

Une partie des charpentiers du chantier Bonne à Poulafret Kérity Paimpol, devant une goélette pour Islande, les chantiers emploient beaucoup de monde : charpentiers , perceurs, scieurs de long, calfats, forgerons
Une partie des charpentiers du chantier Bonne à Poulafret Kérity Paimpol, devant une goélette pour Islande, les chantiers emploient beaucoup de monde : charpentiers , perceurs, scieurs de long, calfats, forgerons

Un petit tour de Bretagne nord des chantiers de construction navale

 

Ce parcours, n’est en aucun lieu une liste exhaustive, il permet juste de montrer la diversité des chantiers et d’évoquer des noms des charpentiers et leurs l’activité sur une époque s’étalant du XVIII ème siècle à la fin des chantiers traditionnel dans les années 1980, bien que certain perdure encore aujourd’hui avec dynamisme .

Vers 1900, a Cancale à la houle, le chantier Boucard et le chantier L’hotellier construisent des Bisquines et des Terre-Neuviers

A Saint Malo, il existe le grand chantier de Louis Gautier qui lança les plus gros navire en bois de Bretagne Nord je pense en particulier au Clémenceau de 1400 Tonneaux lancé en 1919 mais aussi ceux de Mallard. Sur la Rance à la Richardais Tranchermer et Legobien construise également pour terre-neuve, , à la Landriais le chantier Lemarchand construit des navires très diversifié, pour la pêche ou la cabotage.

Erquy, Dahouet ne semble pas avoir eu de chantier important, par contre au Légué au XIXème siècle on construit des navires pour Terre-Neuve et des unité plus petites.

A Binic les chantiers Chevert sont réputé et construise même des thoniers pour la côte atlantique,, A Paimpol, on trouve le fameux chantier Laboureur , mais également Bonne qui met en place une production quasi industrielle à Kérity. Mais aussi Pilvin, et plus tard Kerbiguet, Raynault, Huon et Daniel

 

A Perros et Trégastel quelques chantiers artisanaux comme Adrien Briand à Ploumanac’h ou le chantier Hervé, à Locquémeau, le chantier Landouard s’installe au moment du boum de la sardine. En baie de Morlaix une multitude de petit chantier Le chantier Roland au Diben , A Carantec : Pauvy, Moguérou, Jezequel, les différents chantiers Sibiril, Cazeneuve, Mevel, Laforet, Elies ou Nedelec. L’histoire des chantiers de Carantec mériterait un large article.

 

A Roscoff, le chantier Kerenfors, qui fut repris par le Corre puis par Goulven le Got à Plouguerneau on trouve le chantier de Théophile le Got

 

 

Les chantiers au port de la Houle à Cancale, trois navires en construction, en grande marée le bas des chantiers est sous l’eau
Les chantiers au port de la Houle à Cancale, trois navires en construction, en grande marée le bas des chantiers est sous l’eau

Bibliographie :

 

Bateaux des côtes de Bretagne Nord Jean Le Bot 1979

De bois et d’acier La construction navale malouine

 

Trois goélettes en construction au chantier Bonne à Poulafret Kérity Paimpol, la cale couverte, avec la voilerie au premier étage est particulièrement originale
Trois goélettes en construction au chantier Bonne à Poulafret Kérity Paimpol, la cale couverte, avec la voilerie au premier étage est particulièrement originale

 

La voile, l'âme du navire

Phare carré
Phare carré

Du modeste flambart, au grand trois-mâts carré, les voiles étaient, jadis " les moteurs " des bateaux de travail. Mais par qui et comment étaient elle faites?

Modeste misaine du flambart de Ploumanac'h Augustine, construit en 1901
Modeste misaine du flambart de Ploumanac'h Augustine, construit en 1901

Témoignage de Louis Le Vot, recueilli par Jean-Pierre Tréguier.

"C'est François Botcazou qui fabriquait la plupart des voiles avant guerre. Comme voilier, il était super. Il avait navigué toute sa vie sur les longs courriers. Il est revenu à Ploumanac´h pour se marier. C´est lui qui m´a appris à faire des voiles. On l´avait surnommé "Mal Peigné » à cause de sa coiffure".

Misaine et grand-voile d'une goélette paimpolaise
Misaine et grand-voile d'une goélette paimpolaise

Ailleurs, comme à Paimpol, de grandes voileries, dirigée par un maitre voilier emploient plusieurs dizaines d'ouvriers voiliers. Dans la région, les voileries de Paimpol justifierons d'une réputation justifiée. Ont peux citer les maisons L'Hélias-Gleyo, Rochut, Rivoallan, Lefèvre-Rigot, Le Caer Elle travaille, bien sur, à la fabrication des voiles des goélettes d'Islande, des caboteurs et des sloups de pêche locaux mais aussi sur les voilures de yacht et de grand-voilier des armements nantais.

Calme et concentration d'une voilerie
Calme et concentration d'une voilerie

 

Chaque voilerie employait, vers 1900 à l'époque de la prospérité de Paimpol de 30 à 50 ouvriers voiliers, on peut alors estimer à 120 à 130 voiliers sur Paimpol. Ce nombre d'ouvriers varie au cours de l'année, il est plus important en hivers, lors de l'armement des goelettes. Certain pêcheur d'Islande reprenne leur métier de voilier pendant la morte saison.

 

A la veille de la seconde guerre mondiale, la pêche à Islande à disparu il subsiste seulement une douzaine de voiliers.

 

En plus du travail de réalisation des voiles, les voileries s'occupaient également de la fourniture et de la pose du gréement courant, cordages de chanvre, aussières, filins, pavillon, brassière de sauvetage… Par contre, le gréement dormant était souvent à la charge des forges de marine.

Gréeurs au travail à Paimpol
Gréeurs au travail à Paimpol

La voilure du Yacht Morgane de Ploumanac'h de la famille Eiffel, a été réalisé à Paimpol en 1914.

La Morgane de Monsieur Effel à Ploumanac'h, remarquer le foc à "emmagasineur ".
La Morgane de Monsieur Effel à Ploumanac'h, remarquer le foc à "emmagasineur ".

La voilerie Lefèvre-Rigot se spécialisera dans la voilure des grands voiliers Nantais tout en gardant sa clientèle d'islandais et de caboteur. Elle pouvait livrer en 6 semaines la voilure complète d'un trois mâts barque soit 29 voiles avoisinant un total de 5000 m2

Trois mâts barque Babin-Chevaye commandant Louis Lacroix
Trois mâts barque Babin-Chevaye commandant Louis Lacroix

On peut citer les navires en acier suivants dont la voilure a été réalisée à Paimpol:

En 1896 le quatre mâts Rhône, en 1897 le trois-mâts barque Jean-Baptiste, de 1898 à 1908 Maréchal-de–Charrette, Maréchal-de-Turenne, Général-de-Boisdeffre, Maréchal-Davout, La Rochefoucauld, Pierre Antonin, La Bruyère, Maréchal-de-Villars, René, Molière, Bossuet, Antoinette, La Fontaine, Michelet, Maréchal-Lannes, Cannebière, Général-Foy, Montebello, Georges-Bizet.

De 1908 à 1914: Charlemagne, Général-Faidherbe, Duquesne, le quatre mâts Mistral, Van-Nabel, Bonchamps, Pierre-Loti, Charles-Gounod, Edmond-Rostand, Ernest-Reyer, Edouard-Delataille, Ernest-Legouvé, général-de-Negrier, Général-Bourbaki, Général-Mac-Mahon, La Blanche, Buffon, Bonne-Veine, Foulcommier.

Le Général-de-Boisdeffre, trois-mâts barque de la société nouvelle d'armement, voilure réalisée par la maison Lefèvre-Rigot
Le Général-de-Boisdeffre, trois-mâts barque de la société nouvelle d'armement, voilure réalisée par la maison Lefèvre-Rigot

Pour illustrer l'atmosphère des voileries à l'époque de la voile voici un extrait de "Paimpol au temps d'Islande" de l'abbé Kerlevelo 1944

 

"Les voiliers et gréeurs paimpolais ont disparu. Faute de travail, cette discrète industrie des voileries, qui sentent encore la toile neuve et les cordages goudronnés, s'est effacée, devant l'orgueilleuse machine qui a balayé de la surface des mers les timides et les faibles, qui croyaient encore dans leurs voiles. Des snobs le regrettent par goût artistique ! Des marins authentiques en rêvent encore! En affirmant que "la voile" était la meilleure, l'unique école du marin… Une voilure, en effet, pour un marin, ne représente pas seulement une surface quelconque de mètres carrés de toile que le vent utilisera pour la marche du navire à sa fantaisie souvent aveugle. Simple en elle-même comme la voile de peau de bêtes que dressa sur son tronc d'arbre creusé le génial "homo navalis", le premier navigateur, la voile est complexe dans sa manœuvre. C'est au cerveau du capitaine et au bras du gabier de faire "travailler" la toile, de la faire vivre. La voile, âme du navire, en était le principe de vie et de mouvement. C'est pourquoi le marin de jadis professait un respect religieux pour cette toile harmonieuse. Même étalée sur le pont, il ne la foulait jamais du pied sous peine d'une sorte de sacrilège, comme le paysan respecte le froment de sa moisson qui sera le pain de demain. Mais avant de devenir force animatrice du bâtiment, et œuvre d'art sur les vergues souples et les mâts solides, la voilure a connu la lente élaboration de la voilerie paimpolaise. Les énormes cartons des maitres voiliers contiennent encore des plans de voilures où de mêlent la science et l'art, l'humble métier et son resplendissement. La beauté réside déjà dans la fine esquisse tracée par le maitre, puis elle passe, par un sens obscur d'esthétique, dans la main consciencieuse du voilier qui coud, dans celle du gréeur qui saura monter et tendre la voilure avec grâce et justesse. Le souci de la perfection inspire l'ouvrage commun de ces coopérateurs qui, dans un silence de monastère, confectionnent une "belle voile" capable de propulser le navire, de résister aux tourmentes d'Islande ou du cap Horn et d'épouser avec élégance le vent, cet ami de l'ancien Marin "

 

A serrer la misaine.
A serrer la misaine.

 

Sources:

Paimpol au temps d'Islande de Jean Kerlevelo

Les derniers grands voiliers de Louis Lacroix

Inventaire préliminaire du patrimoine des côtes d'Armor: web AD22