Patrimoine maritime vivant de Bretagne Nord

La toponymie nautique, un chenal vers la mémoire des populations littorales

Un article de Yann Riou dédié à son ami Per Pondaven (1962-2008) et à tous les Arvoriz1 qui ont su si patiemment les renseigner tous les deux.

 

 

 

Introduction

Dans l'intervention2 qui m'a été proposée, je vais m'attacher à présenter un pan du patrimoine immatériel particulièrement ignoré du grand public, voire même de nombreux onomasticiens : la toponymie nautique, c'est-à-dire l'étude des noms de lieux du domaine maritime. L'approche qui a été la mienne a été orientée vers un collectage massif des toponymes auprès des anciens pratiques du Bas-Léon. L'établissement fastidieux de listes de noms a été l'occasion de rencontres particulièrement riches dont les aboutissements ne sont pas, comme nous allons le voir, exclusivement d'ordre toponymique.

 


Toponymie

 

L'homme, dans sa soif de connaissances, s'est depuis longtemps intéressé à l'origine des noms de lieux. De façon plus ou moins sérieuse, mais toujours sincère. Les spécialistes s'accordent à dire que la toponymie, en tant que science humaine, est née en 1880 avec Henri d'Arbois de Jubainville lors de la publication de ses Recherches sur l'origine de la propriété foncière et des noms de lieux habités en France. Par la suite, des chercheurs comme Auguste Lognon, Auguste Vincent, Albert Dauzat, Charles Rostaing ou encore Ernest Nègre, se sont penchés sur la toponymie de la France. Afin de tenter de percer l'origine des noms de lieux qui les intéressaient, ils ont mis en place une méthode qui a fait ses preuves : la recherche de formes anciennes du nom étudié. Bien entendu, plus les formes sont anciennement attestées, et plus on a de chances de se rapprocher de la forme originelle. Les noms recueillis dans les cartulaires nous ramènent généralement avant l'an mille. Il convient toutefois de rester vigilant devant certaines formes latines transcrites par des moines parfois quelque peu espiègles. On peut citer le cas de Bonneuil, noté Bonus Oculus au XIIIème siècle, ou plus proche de nous, de Paimpont, noté Panis Pontis en 1207.

 

Même sous réserve de grande vigilance, cette démarche n'est guère applicable aux noms de lieux du domaine maritime. Les premières cartes marines sérieuses, seules susceptibles de fournir un corpus de toponymes nautiques, n'apparaissent que vers la fin du XVIème siècle. Aux yeux des linguistes, ces formes ne sont pas suffisamment anciennes pour pouvoir en tirer des enseignements significatifs.

 

Il est bien dommage que l'équivalent du Cadastre n'ait pas été établi pour la zone maritime. Que l'on pense à cette gigantesque entreprise, débutée sous le règne de Napoléon pour s'achever quelques décennies plus tard, qui fournit pour chaque commune de France un plan détaillé des parcelles accompagné du formidable état des sections où chaque nom de terrain est répertorié, généralement dans la langue vernaculaire. Les motivations de ce chantier titanesque étaient bien sûr d'ordre juridique et surtout fiscal. L'Etat investissait pour l'avenir… On comprend mieux pourquoi rien de semblable n'existe concernant le domaine maritime français.

 

Extrait de l'Etat des Sections du cadastre de Lampaul-Plouarzel, 1842. Les noms des parcelles apparaissent clairement sur ce type de document. Ils constituent une grande richesse pour notre patrimoine onomastique.
Extrait de l'Etat des Sections du cadastre de Lampaul-Plouarzel, 1842. Les noms des parcelles apparaissent clairement sur ce type de document. Ils constituent une grande richesse pour notre patrimoine onomastique.

Le toponymiste désireux de se frotter au monde maritime doit donc renoncer aux formes anciennes et se tourner vers des sources plus récentes. Il y en a principalement deux dignes d'intérêt.

 

D'une part, les cartes levées de 1816 à 1838 par l'ingénieur hydrographe Charles-François Beautemps-Beaupré. Réalisées au 1/145000, elles sont habillées d'une toponymie généralement peu dense et relative aux principaux éléments. Il ne faut pas oublier que le but premier de ces cartes marines est de fournir aux marins des documents fiables pour parer tout danger. Il est manifeste par ailleurs que les cartographes qui ont réalisé les enquêtes de terrain ne maîtrisaient pas la langue bretonne. Les cacographies y sont très nombreuses, bien plus que sur le cadastre où les arpenteurs étaient inévitablement épaulés par les responsables municipaux et paroissiaux, en général conscients de la grammaire de leur langue.

Extrait de la carte 3911 du SHOM, levée en 1816-1817. La toponymie de l'entrée de l'Aber-Ildut y apparaît bien pauvre. Le but recherché est clairement la prévention du danger en fournissant aux navigants des cartes précises.
Extrait de la carte 3911 du SHOM, levée en 1816-1817. La toponymie de l'entrée de l'Aber-Ildut y apparaît bien pauvre. Le but recherché est clairement la prévention du danger en fournissant aux navigants des cartes précises.

D'autre part, une source plus inattendue, puisqu'elle émane, non pas de la Marine, mais de l'Armée de Terre : les cartes des ingénieurs géographes du roi, plus anciennes que les cartes de Beautemps-Beaupré, nous ramènent quelques années avant la révolution française (entre 1776 et 1783). Elles nous présentent de nombreux noms originaux, preuve manifeste d'enquêtes de terrain soignées, rompant avec une ancienne tradition de compilation des publications antérieures. Les cartographes précédents avaient en effet la fâcheuse habitude de se copier les uns les autres, amplifiant parfois les erreurs de leurs prédécesseurs. La toponymie présentée par les ingénieurs géographes du roi est dense sur l'estran et sur les abords immédiats des estuaires, zones militairement sensibles, et s'appauvrit naturellement dès qu'on s'éloigne des côtes.

 

Extrait de la carte des Ingénieurs Géographes du Roi. Fin XVIIIème siècle. La richesse toponymique impressionne et fait preuve d'une véritable recherche tant de l'authenticité du nom que de sa localisation de la part des cartographes.
Extrait de la carte des Ingénieurs Géographes du Roi. Fin XVIIIème siècle. La richesse toponymique impressionne et fait preuve d'une véritable recherche tant de l'authenticité du nom que de sa localisation de la part des cartographes.

 Voici donc à peu près les seules sources "anciennes" à la disposition du chercheur en toponymie nautique bretonne.

 

Une toponymie des cartes marines à revoir

 

Les recherches en toponymie française sont en plein essor après la guerre 14-18. Les chercheurs trouvent là un terrain de jeu quasiment vierge sur lequel ils peuvent mettre à l'épreuve leurs théories affutées avec un essor parallèle de la linguistique, en particulier de la dialectologie. C'est d'ailleurs en 1937 qu'Albert Dauzat, directeur d'études à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, introduit un cours de toponymie et dialectologie. Après la guerre, qui met un frein au dynamisme traduit par l'apparition de congrès et colloques, les chercheurs en toponymie poursuivent leurs investigations et communiquent le fruit de leurs travaux dans des revues comme Onomastica (1947-1948), puis La revue internationale d'onomastique (1949-1977).

 

L'amiral Henry Dyèvre (Vannes 1893, Paris 1982.
L'amiral Henry Dyèvre (Vannes 1893, Paris 1982.

C'est dans ce contexte d'effervescence intellectuelle[3] liée à l'étude des noms propres qu'une entreprise majeure est lancée à l'égard de la toponymie des cartes marines de Basse-Bretagne. Elle est due à l'amiral Henri Dyèvre, natif de Poullaouen, bretonnant et auteur d'une petite grammaire de son pays natal. Ce marin, qui fut en charge de l'Ecole de Pilotage de 1936 à 1937, prend la direction du Service Central Hydrographique en août 1944 et continue à s'intéresser aux cartes marines et en particulier aux noms bretons qui y sont, de son propre aveu, mal notés. Henri Dyèvre, passé Ingénieur hydrographe général de 1ère classe en 1948, relève en effet que : les noms bretons, mal compris des hydrographes et transcrits phonétiquement avec des fantaisies à peine imaginables, ont été littéralement massacrés et sont difficilement reconnaissables dans un grand nombre de cas. Aussi, cette même année, il décide de lancer une révision complète de la toponymie des côtes de Basse-Bretagne, c'est-à-dire la Bretagne bretonnante. Pour cela, il s'entoure de linguistes et d'érudits reconnus qui pourront aller sur le terrain mener enquête. Les instructions sont claires : le chercheur doit aller à la rencontre des pratiques locaux et noter le nom employé localement en breton pour les lieux apparaissant déjà identifiés sur les cartes marines du secteur à réviser.

  De 1949 à 1971, les résultats de ces enquêtes ambitieuses vont être publiés dans les Annales Hydrographiques. Ce sont 9329 noms qui vont ainsi être "revus" et présentés dans 19 publications. Un joli corpus à étudier pour les linguistes et toponymistes bretons.

 

Une nouvelle approche de la toponymie nautique

 

La démarche de l'amiral Dyèvre, bien qu'audacieuse et novatrice à bien des égards, avait été l'objet de quelques critiques de la part du linguiste Roparz Hémon. Ce dernier reprochait en particulier l'absence de transcription phonétique pour les noms recueillis, ainsi que la faiblesse du nombre d'informateurs contactés.

 

Quelques années plus tard, en 1986, c'est un autre linguiste breton, Mikael Madeg, qui s'intéresse de près à la toponymie nautique et aux méthodes d'approche. C'est d'ailleurs par hasard qu'il s'aventure dans cette branche très pointue. Préparant un roman à caractère ethnographique consacré aux goémoniers de Landéda et Saint-Pabu présents à l'île de Bannec (sud de Ouessant), il réalise quelques enquêtes toponymiques pour mieux situer son histoire. C'est là qu'il découvre une véritable richesse, présente dans la mémoire des anciens de la côte, jamais consignée par écrit et totalement absente de l'étude de Joseph Cuillandre qui fut, en 1949, le premier à présenter les travaux commandités par le Service Hydrographique.

 

Mikael Madeg, normalien, n'est pas un novice dans le domaine du collectage. Il est alors titulaire d'une thèse sur les surnoms du Léon, ce qui l'a amené à se constituer un réseau d'informateurs à travers tout le Nord-Finistère. Avant de se lancer dans un collectage toponymique, il mène une nouvelle réflexion. Il en ressort quelques grands principes qu'il va mettre en pratique rapidement. En particulier, se démarquant de ses prédécesseurs, il s'affranchit de l'obstacle étymologique. A ses yeux, on ne peut pas collecter honnêtement et vouloir parallèlement expliquer les toponymes recueillis. Ces deux démarches, distinctes l'une de l'autre, doivent se faire séparément : l'urgence est de recueillir les noms jamais consignés par écrit, les noter en écriture phonétique, les localiser au mieux, proposer les variantes que l'on peut entendre et joindre pour chaque nom un commentaire lorsqu'il est nécessaire (nom linguistiquement intrigant, légende populaire liée au site, activité traditionnelle associée au lieu…). En revanche, la recherche étymologique ne doit se faire que par la suite, une fois que le corpus toponymique a été établi.

 

 

 

Au hasard de ses enquêtes sur le terrain, Mikael Madeg va être amené à rencontrer deux jeunes chercheurs. Per Pondaven, en janvier 1988, et moi-même un mois plus tard. Tous les deux avions déjà entamé des enquêtes orales dans le but de réaliser une carte marine de notre environnement (Argenton pour Per, Lampaul-Plouarzel pour moi). Mikael Madeg réussissait sans difficulté à nous convaincre du bien-fondé de sa démarche et nous invitait à l'épauler dans la tâche qu'il s'était assignée : le collectage de tous les noms de lieux, quels qu'ils soient, présents sur le domaine maritime du Léon. Le projet était fou, démesuré. Il fallait pour en venir à bout, parcourir toute la côte de Landerneau à Morlaix sans oublier les îles de Batz, de Ouessant et de l'archipel de Molène. La réalisation et la publication de ce travail vont prendre quelques années. Le premier volume sort en 1991 et les derniers en 2004, ce qui masque en réalité pour Per Pondaven4 dix-neuf ans d'investissement. Au final, 14 tomes, publiés chez Ar Skol Vrezoneg, présentent environ 20 000 noms recueillis oralement sur les côtes du Léon auprès de 913 informateurs. A notre connaissance, aucun littoral à ce jour n'a été l'objet d'un collectage aussi important.

 

 

22 mai 2004. Le Télégramme de Brest rend compte de l'achèvement du travail de l'équipe Madeg-Pondaven-Riou : 14 tomes publiés au total pour couvrir la toponymie du littoral léonard. Il s'agit d'une des très rares photos présentant l'Ecole d'Onomastique Léonarde au complet.

 

 

Ces travaux, fruits d'une démarche intellectuelle novatrice, ont été réalisés dans le cadre de l'Ecole d'Onomastique Léonarde (EOL), selon l'appellation choisie par Mikael Madeg. Le trio Madeg-Pondaven-Riou s'est en effet investi dans d'autres branches de l'onomastique. Les recherches, menées dans le même esprit de collectage massif auprès de locuteurs bretonnants, relatives aux noms de famille5 et aux prénoms6 ont également été publiées.

 

La démarche de cette EOL est particulièrement chronophage. Il faut savoir être patient pour pouvoir par la suite exploiter un important corpus autorisant des conclusions pertinentes. Quelques chercheurs bretons ignorent superbement les formes orales, rédigeant des études à caractère onomastique sans se soucier le moins du monde de la prononciation des noms propres. Leur unique doctrine est : formes anciennes, rien que des formes anciennes, en dehors des formes anciennes point de salut. Dans bien des cas pourtant, le recours à la prononciation permet de trancher entre deux hypothèses ou de lever un doute. Bernard Tanguy7 note en 1975, concernant un lieu-dit du Finistère : Un village de Plouider (F.) est écrit Tonanéac'h par la Nomenclature, mais Toranéac'h par le cadastre. Quelle forme choisir ? La connaissance de la prononciation résoudrait sans doute le dilemme. Dans le même ordre d'idée, le regretté Gwennolé Le Menn8, également chercheur associé au CNRS, écrivait concernant le nom de famille Guichou : Les noms de famille Guichous et Guichoux sont différents et d'étymologie incertaine si le s final est prononcé. Si les formes orales ne peuvent pas tout expliquer, loin s'en faut, elles sont d'un précieux secours pour les onomasticiens un tant soit peu éclairés.

 

Les travaux de toponymie nautique ont pu également être publiés à l'échelle d'une commune, comme ça a été le cas pour Lampaul-Plouarzel en 2002. Ouvrage épuisé.
Les travaux de toponymie nautique ont pu également être publiés à l'échelle d'une commune, comme ça a été le cas pour Lampaul-Plouarzel en 2002. Ouvrage épuisé.

Un exemple issu de notre propre collectage permettra certainement de mieux comprendre la démarche de l'EOL. En Lampaul-Plouarzel, un nom de lieu était écrit, à l'époque de nos enquêtes : Pors-Cave. Certains chercheurs y ont vu un signe de l'existence d'une cave d'armateurs dans un lieu anciennement dédié au cabotage. D'autres, s'appuyant sur la forme Porscav présente sur une carte IGN, ont préféré y voir un Porzh Skav, c'est-à-dire le "port du sureau". Il y a en effet du sureau sur place. Les formes orales relevées localement n'apportent aucun éclairage. On entend en effet Poskaf, voire Pouskaf. Le nom, qui est très connu, est manifestement érodé. Cette usure linguistique doit être moindre dans les communautés connaissant le nom mais l'employant peu souvent. C'est ce que nous avons pu vérifier en enquêtant en 2003 sur l'Ile Molène, au large de Lampaul, où le port nous a été évoqué sous la forme Porz ar Skaf, ce qui nous oriente vers le terme skaf, à prendre probablement dans le sens de "escaffe, bateau de cabotage". Ce qui est intéressant dans cet exemple, c'est que le nom du port est aussi le nom du hameau le plus proche. Des formes écrites existent et permettent de remonter un peu le temps : Porscave (1906), Porscaff (1880), Porsascaff (1862), Porsarscaf (1836), Porzascaf (1762), Pors ar Scaff (1756) et Portz an Scaff (1716). La forme recueillie à Molène nous fait donc remonter de 150 ans en arrière !

 

 

 

L'importance des formes orales n'est donc pas à sous-estimer et encore moins à ignorer. Contrairement aux formes écrites, elles ne sont présentes que dans la tête des anciens bretonnants. L'urgence de les collecter est bien réelle, surtout sur le littoral où les formes anciennes pointent généralement aux abonnés absents.

 

 

Porspaul, Lampaul-Plouarzel, 1993. Enquête de terrain. Yann Riou entouré de Feñch Mocaër, ancien goémonier, et de Jo Kerebel, ancien gabarier. Cliché de Michel Thersiquel.
Porspaul, Lampaul-Plouarzel, 1993. Enquête de terrain. Yann Riou entouré de Feñch Mocaër, ancien goémonier, et de Jo Kerebel, ancien gabarier. Cliché de Michel Thersiquel.

Enquêtes en milieu maritime

 

On a bien compris que les enquêtes, réalisées sur un thème a priori peu amène, nous ouvrent une porte vers la mémoire collective des populations côtières. La démarche adoptée, qui exige de multiplier les informateurs, permet de rencontrer de très nombreux acteurs-témoins des activités littorales. Chacun a la conviction de connaître parfaitement un petit tronçon de l'estran et reconnaît de facto l'importance de son témoignage dans le cadre de nos enquêtes. De la sorte, le collecteur peut facilement se constituer rapidement un réseau dense d'informateurs sur un sujet neutre qui ne nécessite pas de jugement de valeur sur la communauté ou toute autre attitude qui pourrait induire un sentiment de trahison envers le groupe social dans lequel on enquête. L'occasion est donc exceptionnelle de contacter, par exemple, des matelots qui restent volontiers dans l'ombre de leur patron, toutes les petites gens que l'on ne vous indique pas spontanément lorsque vous débutez un travail à caractère ethnographique sur une zone donnée. Les refus d'accorder un entretien sont très rares. Rapidement, on se crée un réseau privilégié, après avoir cerné les compétences de chacun et l'enthousiasme à évoquer les souvenirs du passé. Une rencontre qui se termine par un "Tu repasses quand tu veux" est le signe de futurs entretiens fructueux, l'informateur étant alors dans une logique de retours mémoriels sur une époque révolue. Il ne faut pas tarder pour revenir le voir et préciser ou compléter les informations recueillies.

 

Les enquêtes de terrain gagnent en efficacité dans l'intimité de la maison de l'informateur. Le partage du café constitue un moment fort de ces moments de transmission orale. Ici Yann Riou en compagnie de Marie-Perrine Coatanéa (1911-2000), sa grand-mère maternelle. 1993. Cliché de Michel Thersiquel.

 

Outre l'acquisition de cartes détaillées du secteur étudié, l'entretien à caractère toponymique demande au chercheur de s'être au préalable bien documenté sur les activités pratiquées localement et il ne faut pas hésiter à demander des précisions aux informateurs. Concernant une activité toute simple comme la pêche à pieds par exemple, on peut être surpris d'apprendre que les anfractuosités sous les roches hébergeant congres et homards peuvent avoir un nom ! Le terme généralement employé est keo9 et il se rencontre un peu partout sur le littoral léonard. Aucune carte ne les mentionne bien évidemment et bien peu de personnes savent très précisément où ils se situent, un peu comme les coins à champignons. Ça en est presque surprenant qu'ils puissent avoir un nom. Ils sont souvent associés au nom ou au surnom de leur "découvreur" : Keo Lerm (le keo de Guillaume ; Trielen), Keo Chouan (Cléder), Keo ar Beig (le keo du petit Hervé, Ile de Batz). Ils peuvent être localisés dans l'espace du pêcheur, Keo en he Gevred (le keo du suet, Plouarzel), Keo Gwalarn Vian (le keo du petit noroît, Plouguerneau), associés à un nom de lieu bien connu, Keo Pil ar Vartoloded (le keo de la roche aux marins, Kerlouan), plus banalement précisés du nom de l'espèce qui est censée y vivre, Keo al Legestr (le keo du homard), Keo ar Zilienn Goz (le keo du gros congre), précisés par un adjectif qualificatif, ar C'heo Kamm (le keo tordu), ar C'heo Munud (le tout petit keo), ar C'heo Plad (le keo plat) sans oublier ar C'heo Braz (le grand keo) ni ar C'heo Bian (le petit keo)… Cent treize noms ont été recensés au cours de nos enquêtes. Ces noms relevant généralement de la sphère familiale, au mieux de la coterie, il est bien évident qu'une infime partie en a été collectée.

 

Comment imaginer que les trous à congres sous les roches puissent avoir leur propre nom ? Les enquêtes de toponymie nautique, pour être efficaces, demandent de bien connaître toutes les activités pratiquées sur le littoral concerné. L'homme est ici "en train de fouiller un caveau" selon l'expression recueillie sur l'île de Batz. Dessin de Denez Abernot, publié dans "Poissons et Oiseaux de Mer" (Daniel Giraudon - Yann Riou, Yoran Embanner, 2013).

 

Les noms de pointes, criques et roches, quant à eux, sont en général faciles à obtenir dans la mesure où ils ne sont pas associés à un nom ou surnom de personne, pour peu que cette personne ait été connue de l'informateur. C'est ainsi qu'après avoir recueilli le nom Karreg ar C'hristof (la roche de Christophe) auprès d'un vieux pêcheur, un gabarier de Lampaul m'en a proposé une variante Karreg Kristof Vraz (la roche du grand Christophe) en me précisant que ce n'était pas un "vrai" nom car il se souvenait bien de Christophe Lucas, dit Kristof Vraz, cinquante ans plus vieux que lui. Des anecdotes croustillantes sont revenues à la surface au sujet dudit Christophe, en particulier l'histoire10 avec force détails d'un naufrage à bord de la gabare le Victor. Les dires de l'informateur ont pu être corroborés par la suite, grâce à la matricule des gens de mer : Christophe Lucas avait bien été embarqué sur le Victor et étrangement débarqué à l'Ile de Groix (et non pas au Conquet comme cela aurait dû être le cas), en 1907. Il faut savoir écouter ainsi les informateurs bavards, prompts à fournir des anecdotes sur les noms qu'ils fournissent.

 

Carte de l'entrée de l'Aber-Ildut dressée par l'auteur après enquêtes au sein de la population de Lampaul-Plouarzel. Extrait de "Toponymie nautique de Lampaul-Plouarzel", ass. Lambaol, 2002. La densité toponymique est importante.

 

La notion de "vrai" nom développée plus haut par l'ancien gabarier n'en est pas moins intéressante. Elle montre que les Arvoriz ont une vision de leur environnement scindée en deux : il y a les noms communautaires, qu'ils supposent partagés par tous, et les noms dans un registre plus clanique11, presque confidentiel. Il leur est donc difficilement imaginable qu'un chercheur puisse éprouver l'envie de rentrer dans l'intimité de la famille en notant des noms qui ne sont utilisés que par eux. "Ça, c'est des noms entre nous…" Parfois le toponyme est associé à un surnom qu'on ne souhaite pas communiquer à un hors-venu, la peur de trahir son groupe social est patente. On ne veut pas être à l'origine d'un mini-scandale et la crainte d'être alors ostracisé n'est guère loin. Le poids de la religion se fait également sentir dans ce contexte : malheur à celui par qui le scandale arrive. Mais le plus souvent il s'agit de noms des plus communs que l'informateur ne pensera même pas à fournir. On peut parler d'une rétention presque inconsciente. C'est là que la qualité et l'expérience du collecteur se font sentir. Alain Le Berre, le plus efficace des chercheurs recrutés par l'amiral Dyèvre, notait12 fort justement que : Toute enquête commence par une observation sur place, puis par la lecture de la carte ; entière liberté est alors laissée à l'informateur pour développer ses souvenirs et les enchaîner selon sa mémoire. Le grand effort de maïeutique commence alors seulement ensuite, et, en appliquant avec souplesse le plan établi par le lexique, on arrive à doubler les résultats initiaux. Pour ce faire, la maîtrise du breton, langue de travail de la plupart des informateurs est importante car dans ce contexte linguistique naturel, des noms enfouis dans un coin de la mémoire refont naturellement surface. J'ai pu le vérifier personnellement en menant un entretien en breton avec la même personne interrogée quelques temps auparavant en français.

 

Le collectage auprès de différentes communautés maritimes peut faire apparaître des divergences quant à l'appellation d'un site. Porz Gored13 (le port de la pêcherie), grève de Lampaul-Plouarzel, est connu par les marins de Trézien sous le nom Toull ar Stripou (le trou aux tripes). Ce dernier nom, ignoré des Lampaulais, fait probablement référence au naufrage d'un vapeur frigorifique anglais, dont la viande est venue échouer le long de la grève dont il est question. Ça nous ramène à la guerre sous-marine du premier conflit mondial. Les anecdotes sur cette péripétie de guerre n'ont pas manqué lors des enquêtes de terrain14. Mais dans l'ensemble, lorsqu'il y a continuité d'habitat sur le littoral, il y a homogénéité des toponymes usités. Peu importe que l'administration y découpe des communes différentes. Le cas se complique sérieusement au large, lorsque les pratiques des zones maritimes ne se côtoient pas au quotidien et ne se croisent qu'occasionnellement sur ces espaces. Nous avons pu l'observer dans le sud de l'archipel de Molène, territoire fréquenté par toutes les communautés maritimes de la mer d'Iroise. Ainsi d'une roche remarquable, cotée à 10 mètres au-dessus des plus basses mers sur les cartes marines, appelée ar Youc'h par les Molénais, ce qui est habituel dans la Bas-Léon occidental pour désigner une roche haute, presque pointue. Les goémoniers saisonniers de Saint-Pabu la nomment ar Bos Teo (le gros haut-fond) et les pêcheurs de l'Ile de Sein, ar Faot (??). Des macrotoponymes peuvent également être atteints de polymorphie toponymique. La Pointe de Corsen par exemple, à Plouarzel, la plus occidentale du continent en Finistère, est généralement appelée Beg Korzenn. Les riverains la nomment Beg ar Chach (la pointe des chiens), au Conquet on parle de Beg Paol (la pointe de saint Paul ; les Bretons ont une proximité avec leurs saints qui les dispensent généralement de préciser le terme sant devant le prénom) et les pêcheurs portsallais, quant à eux, utilisent plusieurs formes : ar Beg Pell (la pointe lointaine), ar Beg Braz (la grande pointe) ou encore ar Beg Du (la pointe noire)…

 

Qu'on ne soit pas surpris ici de trouver référence aux Sénans pour un travail consacré à la toponymie léonarde. C'est Per Pondaven, intrigué par quelques noms au large de la Pointe Saint Mathieu qu'aucun de nos très bons informateurs ne connaissait, qui s'est décidé à mener l'enquête du côté de l'Ile de Sein. Il y a vu trois pêcheurs à la retraite qui ont pu lui donner force noms jusqu'à Ouessant et qui utilisaient les noms qui nous posaient question, en particulier ceux construits à l'aide de plasenn (haut-fond). La conclusion était claire et instructive : lorsque l'équipe de Beautemps-Beaupré est venu cartographier le secteur au début du XIXème siècle, elle s'est appuyée sur la connaissance des pilotes locaux, et ceux de l'Ile de Sein ont donc renseigné les hydrographes jusqu'au sud de l'Ile de Béniguet, en zone léonarde.

 

Une carte de la zone étudiée, c'est l'aboutissement des enquêtes de terrain. Elle permet de transmettre une partie de la mémoire orale de la communauté maritime. Carte dessinée par Huguette Mellaza pour l'association Lambaol.
Une carte de la zone étudiée, c'est l'aboutissement des enquêtes de terrain. Elle permet de transmettre une partie de la mémoire orale de la communauté maritime. Carte dessinée par Huguette Mellaza pour l'association Lambaol.

Sur ce dernier exemple, on découvre la notion de territoire des communautés maritimes, qui ne s'arrête pas, bien sûr, aux frontières paroissiales. Et c'est là probablement un point à améliorer au niveau du collectage. La recherche des noms de lieux est souvent, sans qu'on se l'avoue, associée à un souci de cartographe : on souhaite pouvoir reporter des noms authentiques sur un territoire donné, en fait, habiller honnêtement une carte. Il est donc naturel de contacter les communautés qui y vivent et qui en vivent. La démarche qui consiste à inventorier tous les toponymes usités par un groupe maritime donné est plus exigeante et relève réellement de l'ethno-toponymie. Ainsi, un chercheur travaillant sur les pêcheurs de l'Ile de Sein ne pourrait-il pas se contenter de relever les seuls noms de dangers présents autour de l'île. Il lui faudrait travailler sur toute la mer d'Iroise, comme l'a fait Per Pondaven autour de Molène, et également sur les côtes du Portugal puisque les plus hardis Sénans s'y sont aventurés pour pêcher la langouste. Ce travail n'a jamais été fait à notre connaissance et, hélas, il faut bien avouer qu'on doit être un petit peu tard pour le réaliser même si le breton est toujours bien vivant15 à Sein en 2014.

 


 

Je m'étais proposé de le faire auprès des derniers gabariers bretonnants de Lampaul-Plouarzel. Les recherches de Bernard Cadoret et son équipe16 avaient permis de connaître l'ancienneté de cette activité en Iroise et de découvrir les destinations habituelles des marins Lampaulais : Brest, Landerneau, Port-Launay, Audierne… Il devenait légitime d'interroger les gabariers sur les noms des repères de leurs routes maritimes. La toponymie recueillie n'est pas, on s'en doute, très dense. Les gabariers, qui pratiquent le bornage, se contentent généralement de macrotoponymes ; leurs besoins ne sont pas les mêmes que ceux des pêcheurs ou bien des goémoniers par exemple. Des cartes de la toponymie gabarière ont été présentées dans Paroles de Gabariers17. Les toponymes situés sur la côte léonarde ont été présentés et commentés dans les publications de l'EOL. On peut citer Bae ar Bopred (la baie du beaupré), située au nord de la Pointe Saint-Mathieu, petite baie en effet, à l'abri des violents courants, dans laquelle venaient se réfugier les gabariers lorsqu'ils arrivaient trop tard pour "passer Saint-Mathieu". Ces marins profitaient des marées comme d'un ascenseur naturel pour se rendre à Brest. Ils quittaient Lampaul au plein, c'est-à-dire lorsque la mer est haute, et faisaient cap au sud grâce au jusant, le courant lié à la mer descendante. Mais six heures plus tard, c'est la renverse, la mer remonte et ceux qui n'avaient pas encore pu contourner la Pointe Saint -Mathieu devaient patienter à l'abri du courant s'ils ne voulaient pas retourner d'où ils venaient ! Ce joli toponyme ne pouvait se collecter qu'auprès des gabariers et il faut savoir profiter des commentaires avisés qui justifient son existence. Les informateurs sont généralement très pédagogues et font preuve d'une patience d'ange. En compagnie de ces gabariers, il m'a été possible d'évoquer des destinations plus lointaines : Enez Vaz (l'Ile de Batz), Montroulez (Morlaix), Kemper (Quimper), Konkerne (Concarneau), mais aussi Naoned (Nantes), Bourdel (Bordeaux), an Ôr Nevez (Le Havre), Londrez (Londres)… noms qui appartiennent tout autant au patrimoine onomastique lampaulais que Porz Paol (port de saint Paul, au sud de Lampaul) ou Porz Skaf (le port de l'escaffe, au nord de Lampaul), les deux ports de la commune.

 


Les marins de Porspaul (port sud de Lampaul-Plouarzel) fréquentent assidûment le sud de l'Archipel de Molène. Pour se repérer dans cette zone couverte de récifs, ils multiplient les noms de lieux qu'ils créent eux-mêmes (le nombre de ces toponymes est reporté sur la carte de droite), s'appropriant ainsi leur espace de travail.

C'est justement de Porz Paol que s'élançait quotidiennement, en saison, une flottille goémonière en direction du sud de l'archipel de Molène. L'histoire de cette communauté de pêcheurs-goémoniers n'a pas été étudiée et est donc bien mal connue. Mikael Madeg, lors de ses premiers passages sur Trézien et Lampaul, n'avait pas mesuré l'importance du phénomène, ni la richesse toponymique qui pouvait en découler18. Il faut imaginer, dans les années 1930, une trentaine de sloops quittant Porz Paol avec la marée pour se rendre sur Quéménès et Béniguet et les récifs ou îlots environnants. Ces marins eux aussi profitent de l'ascenseur naturel décrit plus haut pour atteindre des lieux situés à une douzaine de kilomètres de leur port d'attache. Ils y coupaient les laminaires en particulier. Une flottille plus importante encore, emportant avec elle femmes et enfants, s'y rendait lors des grandes marées pour arracher des roches le précieux "petit goémon" (chondrus crispus). Il résulte de cette fréquentation communautaire une véritable colonisation de ces îles et de leurs alentours, une appropriation de fait qui se traduit par une création massive de toponymes : plus d'une centaine de noms a pu être collectée lors de l'été 199919. Ils sont répartis comme suit : 20 autour de Triélen, 30 autour de Quéménès, 30 autour de Litiri et 25 autour de Béniguet. Pour apprécier ces chiffres, il faudrait définir une notion de densité toponymique qui serait exprimée en toponymes par are par exemple, ce qui nécessiterait de pouvoir évaluer facilement les superficies des estrans en particulier. A titre de comparaison, on peut signaler que sur le littoral de Lampaul, 140 toponymes ont été recueillis, pour un linéaire côtier d'environ 7 kilomètres.

 

Porspaul. Juillet 2008, François Jourden rentre d'une marée de petit goémon à Litiri. Il est accompagné de son fils et de son épouse. Il est l'éponyme de "Sklosenn Feñch al Lannig".
Porspaul. Juillet 2008, François Jourden rentre d'une marée de petit goémon à Litiri. Il est accompagné de son fils et de son épouse. Il est l'éponyme de "Sklosenn Feñch al Lannig".

Il est à noter que certains goémoniers de Porz Paol ont passé des hivers entiers comme sous-locataires sur les îles de Béniguet et Quéménès. Ils venaient là pour ramasser le goémon épave et vivaient, en famille pour certains, dans des conditions déplorables, logeant dans un abri sommaire généralement construit près du rivage, à l'abri des vents dominants. Au final, le sud de l'archipel de Molène apparaît comme un prolongement naturel de Lampaul-Trézien, où les pêcheurs-goémoniers de Porz-Paol se sentent comme chez eux depuis plus d'un siècle. Leurs descendants profitent de cet héritage : ils sont nombreux à traquer étrilles et ormeaux lors des grandes marées et quelques-uns font perdurer l'activité "petit goémon" malgré une législation récente20 (2008) qui a porté un rude coup à l'amateurisme qui était de mise. C'est bien dommage car une flottille résiduelle continuait à fréquenter Quéménès et Béniguet afin de ramasser le petit goémon. Les plus anciens employaient d'ailleurs toujours la langue bretonne et baptisaient les roches dans la logique de leurs prédécesseurs. Citons les créations les plus récentes : Sklosenn Feñch al Lannig (le haut-fond de François du Lannic ; François avait pris l'habitude d'y travailler), Sklosenn an Eiz Sahad (le haut-fond aux huit sacs : on n'y remplissait jamais un neuvième sac de petit goémon) ou encore l'humoristique Sklosenn ar Boan Gein (le haut-fond du mal au dos ; qui se passe de commentaire !), tous trois remontant aux années 1980.

 

 

Mise en valeur du résultat des enquêtes toponymiques

 

Ile de Bannec, dans le sud d'Ouessant. Août 2006. Per Pondaven prend la pose à bord de son Saint-François. Il aura constitué la cheville ouvrière de la série couvrant la toponymie nautique des côtes du Léon.
Ile de Bannec, dans le sud d'Ouessant. Août 2006. Per Pondaven prend la pose à bord de son Saint-François. Il aura constitué la cheville ouvrière de la série couvrant la toponymie nautique des côtes du Léon.

A ce jour, aucune table relative aux 20 000 toponymes nautiques du Léon n'a été dressée. Elle est cependant en cours de construction et une fois établie, il sera possible d'en tirer de nombreux enseignements. Elle constituera un document précieux pour tous les spécialistes du bord de mer : historiens, linguistes, biologistes, ethnologues… Un minimum de connaissance en breton21restera néanmoins un prérequis pour accéder aux commentaires qui accompagnent chaque nom.

 

Mikael Madeg, le fondateur de l'EOL, n'a, à ce jour, pas encore exploité l'énorme masse de noms et commentaires à sa disposition, sur laquelle il possède une légitimité évidente. Très porté sur la rédaction de romans et d'études relatives aux surnoms et aux légendes locales, il n'a probablement pas eu le temps de se consacrer à une synthèse du collectage toponymique, d'autant plus qu'il s'est installé comme éditeur. Retraité depuis peu, il ne s'ennuie pas22. Il faut cependant signaler Peñse e Bro-Leon, publié en 2007, livre accompagné d'un CD proposant les témoignages d'Arvoriz du Léon qui parlent de récupération de toutes sortes d'épaves sur la côte. Il est par ailleurs auteur d'un très riche article23 de mots non lexicographiés recueillis par ses soins sur le littoral léonard. Publié en 1992, il rend compte sur le vif de l'émerveillement de son auteur face à la richesse foisonnante du vocabulaire et des expressions des Léonards qu'il a rencontrés sur le littoral lors de ses enquêtes toponymiques.

 

Per Pondaven, le plus marin24 des trois membres de l'EOL, avait très tôt commencé à analyser le fruit de son collectage. Ses discussions régulières avec son ami et voisin Pierre Arzel n'y étaient pas étrangères. En 1992, il publiait un article25 au titre explicite : "De quelques toponymes révélateurs de la présence de pêcheries anciennes sur le littoral du Bas-Léon", l'occasion de montrer comment nos ancêtres nous ont laissé des noms qui, même s'ils ne sont plus compris actuellement, peuvent contribuer à une meilleure approche de l'histoire de la pêche. Un an plus tard, il publiait un autre article26, proposant une découverte originale des abers du Bas-Léon par le prisme d'une toponymie collectée par ses soins et commentée pour le néophyte ; histoire maritime, légendes, vies de saints ou encore dialectologie sont mises à la portée de tout un chacun.

 

L'élaboration de lexiques est un aboutissement logique du travail de collectage. Il faut fournir aux curieux les clés basiques pour appréhender au mieux les toponymes collectés. L'amiral Dyèvre avait, dès 1962, proposé un lexique27 géographique dans lequel les termes les plus fréquents dans le collectage effectué sous sa direction étaient expliqués. Mikael Madeg propose également un "petit vocabulaire toponymique léonard de base"28 qui dépasse le cadre de la toponymie nautique stricto sensu. Per Pondaven, de son côté, s'était attelé à l'élaboration d'un lexique29 issu de son collectage et présentant le vocabulaire attesté en toponymie nautique et compris des bretonnants contactés. La première partie de ce livre posthume traite des termes de toponymie descriptive, la deuxième concerne le vocabulaire relatif à la mer en général. La troisième, qui n'est pas la moins intéressante, nous offre le vocabulaire technique de la pêche tel qu'il a pu l'entendre auprès des pêcheurs-goémoniers bretonnants. Ce travail était en chantier lorsque son auteur a disparu en mer.

 

Les toponymes sont parfois associés à un dicton. Per et moi-même, très sensibles à ce "genre court" cher à mon ami Daniel Giraudon, en avons collecté quelques exemples qui ont pu être proposés au grand public en 2003. Ont ainsi été relevés :

 

E Toull ar Veoc’h

Serr da lien ha chom peoc’h

(dans le Trou de la Vache, descends la voilure et tais-toi)

 

Ce dicton, qui porte en lui beaucoup de l'humour des gens de mer, possède également une fonction préventive, voire éducative. Les marins sont confrontés à une nature dangereuse avec laquelle il faut savoir composer. Ce n'est pas la mer qui s'adaptera à l'homme. Le Toull ar Veoc'h dont il est question désigne une passe dans le nord-est de l'île de Béniguet. Les courants y sont très violents par grand coefficient de marée et les alentours pavés de roches peu avenantes. Aussi, du temps de la voile, était-il préférable de prendre un ris et de serrer les fesses avant de s'engager dans ce passage.

 

E Lahaouog

E vez paket meur a henaouog

(au Lahaouog sont attrapés bien des imbécile

 

 

Dans le cas présent, on a affaire à un dicton connu des seules familles des alentours d'Argenton. Lahaouog désigne un récif sur une vaste zone d'estran, entre l'île d'Yock et le continent. Les amateurs de pêche à pieds qui s'attardent un peu trop à taquiner la crevette lorsque la mer remonte n'ont d'autre possibilité que de se réfugier sur cette roche et d'attendre la marée suivante pour rejoindre la terre ferme. Tout ceci sous les yeux de la coterie d'Argenton. Gand ar vez ! (avec la honte !). C'est probablement pour s'éviter une telle honte, si mal vécue en Bretagne, que les Arvoriz du secteur ont transmis cette formulette à leurs enfants. Le but éducatif est évident et très révélateur des mentalités.

 

De nombreux autres dictons, parfois à caractère grivois, ce qui nous semble être un trait de caractère des populations du bord de mer, agrémentent ce Bruit de la Mer30 qui, illustré par Nono, n'est pas placé sous le signe de la morosité.

 

 

On sait que les archéologues s'intéressent à la microtoponymie (noms des parcelles) à titre prospectif. Hervé Kerebel a pu, par exemple, établir un lien entre le toponyme Cruguel et la présence d'un tumulus31. Il faut néanmoins être prudent sur les renseignements induits, comme l'ont démontré Yohann Sparfel et Yvan Pailler quant à la localisation de menhirs32. Du côté de la toponymie nautique, c'est la DRASSM (département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines) et l'ADRAMAR (l'association pour le développement de la recherche archéologique maritime) qui manifestent de l'intérêt pour les travaux de l'EOL. Un toponyme comme Toull ar Glaou (le trou du charbon) repéré au large de Kerlouan leur a permis de détecter l'épave d'un vapeur. Mais eux aussi se heurtent au problème du manque de table qui listerait les 20 000 toponymes, ainsi qu'au barrage de la langue pour accéder aux commentaires33. Sur cet exemple on peut, une fois de plus, voir qu'un toponyme recèle en lui des informations qu'un chercheur avisé peut exploiter. Même en fin d'oralité, on peut décrypter le paysage grâce aux noms légués par nos aînés. Encore faut-il s'être donné la peine d'aller recueillir cette toponymie nautique, très fragile, de la bouche des derniers locuteurs à avoir travaillé sur le littoral dans la continuité de leurs parents et grands-parents. Comme Per Pondaven l'avait écrit34, l'oralité est un mode de transmission bien fragile, mais c'est le fil ténu d'une continuité ancestrale que chaque génération prolonge un peu plus. Dans le monde actuel que nous connaissons, la coupure est manifeste, ne serait-ce que parce qu'elle est dépendante d'une langue populaire moribonde, que ce soit en Haute ou Basse-Bretagne. La sauvegarde de la toponymie nautique bretonne (hors Léon), plus que jamais urgente, est désormais un choix entre les mains de nos responsables politiques.

 

Expériences personnelles

 

Comme on a pu le voir au fil des pages précédentes, la toponymie nautique est l'enfant pauvre de l'onomastique. Son étude nécessite de réaliser au préalable un important travail de collectage, ce qui demande de la part du chercheur des bases de dialectologie croisées avec une bonne connaissance de l'ethnologie maritime. L'immersion dans les communautés maritimes qu'elle implique constitue pourtant un plaisir rare, une invitation à l'ethnographie.

 

Je n'ai pas résisté à l'appel de ces sirènes et, pendant plus de 25 ans, j'ai étudié de nombreux aspects du Lampaul traditionnel ainsi que de Trézien35, son prolongement naturel vers le sud, du fait du partage du port de Porspaul entre les deux paroisses. Mes premières enquêtes en 1987 étaient motivées par le seul souhait de réaliser une carte marine authentique de ma commune d'origine. De fil en aiguille, ce sont plus de quarante personnes, goémoniers, pêcheurs, gabariers, parfois simples cultivateurs ne fréquentant le littoral que pour charger le précieux goémon-épave destiné à amender leurs terres, qui auront été contactées afin d'apporter leur contribution à la sauvegarde des noms de lieux du littoral lampaulais. Une occasion exceptionnelle de se constituer un réseau d'informateurs et de nouer de solides amitiés. Tous ces témoins entretiennent un lien privilégié avec la côte et en ont une perception propre à leur activité.

 

Initié à l'ethnolinguistique par Mikael Madeg, j'ai pu par la suite multiplier mes contacts et proposer une approche vivante36 de Lampaul en abordant la langue (dictons, jurons, vocabulaire technique), l'ethnographie (goémon, gabares, travail des femmes au lavoir, croyances et superstitions) et l'onomastique (noms de personnes et noms de lieux). Le vocabulaire recueilli durant les enquêtes de terrain a, par la suite, fait l'objet d'une publication sous la forme d'un lexique37 offrant 3 210 entrées illustrées d'exemples recueillis de la bouche de 137 bretonnants natifs de Plouarzel, Lampaul et Trézien.

 

Dans la logique d'une démarche ethnolinguistique, j'ai pu également répondre favorablement à l'invitation de mon ami Daniel Giraudon concernant un volume de sa série "Traditions populaires de Bretagne" consacré aux animaux marins. La démarche est toujours la même pour le tome IV de cette collection : comment les poissons, oiseaux de mer, crustacés et coquillages sont-ils perçus par les Arvoriz ? Comment intègrent-ils le fond légendaire ? Quelles sont les techniques de pêche originales ? Quels sont les noms donnés à ces espèces et pourquoi ? Comment le Breton du bord de mer transparaît-il au regard de la culture qui s'en dégage ? Devant l'importance de notre collectage complété par une lecture attentive de la littérature existant sur le sujet, il nous a fallu finalement réaliser deux volumes38 au lieu d'un seul.

 

Mais la plus inattendue des applications de mon collectage aura certainement été la publication de Paroles de gabariers39 lors de l'été 2011. Mes premières enquêtes toponymiques ont été, je l'ai dit plus haut, l'occasion de rencontrer, en particulier, les anciens gabariers de Lampaul. Ces marins, héritiers d'une très ancienne tradition de bornage-cabotage, présentent la spécificité de constituer "la dernière communauté maritime à avoir pratiqué jusqu’à nos jours le métier du transport à la voile en Europe occidentale"40. Dans un premier temps, je me suis contenté de réaliser le listing stricto sensu des toponymes nautiques de Lampaul. Puis, quelques années plus tard, je suis retourné voir mes informateurs afin de me constituer un lexique du breton maritime de cette corporation. C'est là que j'ai eu l'occasion d'enregistrer de nombreux témoignages, souvent teintés d'humour, toujours marqués de l'amour pour une activité qui a pu "leur donner du pain", suivant la formule expressive de l'un d'entre eux. Il s'agit là, bien sûr, de l'essence même des Paroles de gabariers dont Bernard Cadoret, particulièrement enthousiaste à la lecture du manuscrit, a pu dire en avant-propos "Ce livre est à placer au rang des plus importantes monographies d’ethnologies maritimes bretonnes, aux côtés de Groix, l’île des thoniers de Dominique Duviard ou de La bisquine de Cancale de Jean Le Bot".

 

Conclusion

 

La toponymie nautique collectée dans l'esprit de l'EOL est donc un formidable moyen de s'immiscer dans les communautés littorales, souvent réputées pour être fermées. En permettant de se constituer rapidement un réseau d'informateurs dont on peut juger de la valeur, elle constitue un tremplin idéal vers des recherches dialectologiques et ethnographiques, ce qui n'est pas le moindre de ses avantages.

 

Notre souhait, et je parle ici au nom des membres de l'EOL, est de voir d'autres enquêteurs poursuivre le travail de collectage systématique des toponymes sur des côtes de Bretagne trop souvent folklorisées.

 

                                                                                                                  Yann RIOU

                                                                                                                  14 août 2014

 

 

 

 

L'article "La toponymie nautique, un chenal vers la mémoire des populations littorales" a été publiée en 2015, sous une forme allégée, dans le recueil "Retour de Mer".

 

Merci à Florent Patron, directeur des Editions Locus Solus, de nous avoir autorisés à produire ce texte ici.

 

https://www.locus-solus.fr/product-page/retour-de-mer-m%C3%A9moires-maritimes-en-chantier


 

Notes :

  1. Habitants de l'Arvor, mince zone littorale coincée entre la mer et l'intérieur des terres.
  2.  Le texte reproduit ici à suivre est l'intégralité du texte rédigé pour le colloque "Mémoires maritimes", Concarneau du 2 au 4 octobre 2014. Une version simplifiée a été publiée dans "Retour de mer, mémoires maritimes en chantier", chez Locus Solus, en 2015.
  3.  Voir Stéphane Gendron, L'origine des noms de lieux en France, éditions Errance, 2008, pp 23-24
  4. Mikael Madeg note à son sujet que "Il a participé en particulier à toute l'entreprise de collectage du patrimoine des noms de lieux du domaine maritime du Léon, dont il a été, au final, le principal artisan, se chargeant de plus de tout le travail de mise en forme." In Noms de lieux et de personnes du Léon, Embann Kêredol, 2010, page 221.
  5. Per Pondaven, Mikael Madeg et Yann Riou, Anoiou famillou Bro-Leon, Emgleo Breiz, 2009, 387 pages.
  6. Mikael Madeg, Per Pondaven et Yann Riou, Anoiou badiziant Bro Leon, Emgleo Breiz, 2006, 195 pages.
  7. Bernard Tanguy, Les noms de lieux bretons, toponymie descriptive, Studi n° 3, CRDP, 1975, page 34.
  8. Gwennolé Le Menn, Les noms de famille les plus portés en Bretagne, Ed. Coop Breizh, 1993, page 123.
  9. Pour en savoir un peu plus sur cette technique de pêche, voir : Daniel Giraudon et Yann Riou, Poissons et Oiseaux de Mer (traditions populaires de Bretagne), Yoran embanner, pp 26-28.
  10. Il était à bord quand le Victor a coulé. Le bateau, chargé de bois ou de coke, quittait Quimper à destination du Conquet. Le temps était mauvais quand ils ont quitté le port et Moutoñ, le patron –un Russaouen de Keryevel– dormait dans sa couchette. Kristof Vraz, à la barre, était inquiet de voir le temps se gâter.

    – Tu crois pas qu’on aurait intérêt à rallier Loctudy ? C'est pas un temps à aller dehors, ça !

    – Non, non ! On est parti ! La mer devenait de plus en plus dure et le vent soufflait à la tempête. Une fois au large, la grand-voile  s'est déchirée sous la force du vent et un paquet de mer a enlevé le roof ! L'équipage découpé la voile pour boucher le trou mais l'eau s'engouffrait quand même et  le Victor coulait progressivement. Heureusement deux thoniers qui rentraient sont venus les secourir. Le premier les a ratés, mais le second est passé assez près pour que l’équipage puisse sauter à bord. Moutoñ s’est cassé la jambe en sautant ! Moutoñ, Kristof Vraz et Jakez Kolo ont ensuite été débarqués à Lorient.

  11. Cette notion de famille élargie, solidaire, est confirmée par de nombreux surnoms anciens et héréditaires renforçant de fait l'appartenance au clan.
  12. Alain Le Berre, Toponymie nautique des côtes de France, in "Proceedings of the eighth international congress of onomastic sciences", 1966, Mouton & CO, The Hague - Paris.
  13. Le terme Kored/ ar Gored n'est plus compris des bretonnants contactés, même des plus anciens nés vers 1890
  14. Voir Yann Riou, Les ossements de Pors-Goret, in "Peseurt ' Nevez e Lambaol (bulletin de liaison de l'association Lambaol)", n°47, pp. 5-13.
  15. Depuis 2012, je travaille avec Christian Fagon à la réalisation d'un lexique du breton parlé sur l'île. Nous y avons découvert une richesse lexicale peu commune. Parmi les bonnes surprises de ce travail qui sera publié probablement en 2016, l'attestation des noms ar mor klei et ar mor diou, toujours utilisés, qui désignent respectivement la mer au nord de l'île (donc à gauche -klei- de l'île quand on regarde l'est) et au sud de l'île (donc à droite -diou- quand on regarde toujours l'est, c'est-à-dire le levant…).
  16. Ar Vag, voiles au travail en Bretagne Atlantique (tome III), Le Chasse-Marée, 1985
  17. Yann Riou, Paroles de Gabariers, Yoran Embanner, Fouesnant, 2012, page 304 pour l'Aulne ("la rivière de Châteaulin"), page 314 pour l'Elorn ("la rivière de Landerneau"), pages 291 et 293 pour le port de commerce de Brest et ses abords.
  18. Voir Mikael Madeg, Renabl Anoiou Lehiou Inizi Kornog Goueled Leon, Emgleo Breiz/Ar Skol Vrezoneg, 1991. Seuls 3 informateurs sont mentionnés pour Lampaul et Trézien : Henri Tassin, qui était propriétaire de l'île de Qéménès, Marcel Quéméneur, qui fut locataire de la ferme de l'île de Trielen et Jakig Jourden, pêcheur-goémonier du Rumeur en Trézien.
  19. Ils ont tous été publiés et commentés dans Madeg-Pondaven-Riou, An Enezeier, Ar Skol Vrezoneg/Emgleo Breiz, 2004.
  20. Cette nouvelle réglementation a été particulièrement mal vécue au sein des populations concernées. Le site http://www.plouguerneau.net résume bien cet état d'esprit : Depuis 2008, des licences sont accordées à titre individuel et pour l’année. Il faut être affilié au régime de la sécurité sociale des navigants (l’ENIM), à la Mutualité sociale agricole, ou être âgé de plus de 16 ans et avoir un contrat avec une entreprise de transformation (celle de Lannilis). Ces contraintes ont fait reculer les plus jeunes qui ne travaillent plus, eu égard à la pénibilité du travail et à la faible rémunération (1 Euro le kilo sec ; 0,26 Euro le kilo vert égoutté). Fini l’argent de poche des adolescents et les expéditions familiales bruyantes ou celles d’associations pour financer des projets solidaires ou caritatifs. La réglementation (une de plus) est en train de tuer ce lien social que constituait la cueillette du pioka pour petits, adultes et anciens.
  21. La question nous est souvent posée : pourquoi publiez-vous vos travaux de toponymie en breton ? Une réponse, signée Mikael Madeg, est : "Que dirait-on d'un "spécialiste", russe ou américain, de littérature française ou d'Histoire de France qui ne saurait que le russe ou l'anglais ? On lui rirait au nez." In Noms de Lieux et de personnes du Léon, page 112. op. cit.
  22. Depuis 2007, il affiche une moyenne de 7 livres publiés par an. Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Mikael_Madeg
  23. In Brud Nevez, n°152, pp 72-103, Eun tañva euz Brezoneg Arvoriz Bro-Leon. Ce lexique, qui comprend 265 entrées, est publié dans une taille de police à la limite du lisible…
  24. Il possédait deux bateaux. Voir ma postface à la réédition de Trouz ar Mor (proverbes bretons de la mer), pp. 165-172.
  25. In Bulletin d'Information de l'A.M.A.R.A.I. (Association Manche Atlantique pour la Recherche Archéologique dans les Iles) n° 5. pp. 57-65.
  26. In Les cahiers de l'Iroise (société d'Etudes de Brest et du Léon), n°196, De quelques toponymes évocateurs du passé du pays des abers, pp. 39-59.
  27. Réédité en 1991 par Emgleo Breiz/Brud Nevez sous le titre Toponymie nautique des côtes de Basse-Bretagne , index alphabétique général
  28. In Noms de lieux et de personnes du Léon. op. cit. pp 119-129
  29. Geriadur an Arvor, an Alarc'h embannadurioù, 2009, 89 p
  30. Per Pondaven et Yann Riou, Le Bruit de la Mer (250 proverbes bretons de la mer), éditions Le Télégramme, 2003, 157 pages.
  31. Hervé Kerebel, Microtoponymie et prospections archéologiques dans la pointe sud-ouest du Léon, mémoire de maîtrise, UBO, 1988, 238 pages.
  32. Yohann Sparfel et Yvan Pailler (et contributions dont Bernard Tanguy), Les mégalithes de l'arrondissement de Brest, centre régional d'Archéologie d'Alet, 2010, pp. 41-45.
  33. Un autre problème, qui n'est pas anodin, est lié au système choisi pour localiser les toponymes : un système de coordonnées cartésiennes (abscisse-ordonnée, (x,y)) à partir d'une origine définie sur des cartes qui ne sont plus commercialisées…
  34. "Nommer Carn, réflexions sur la toponymie" in L'île Carn, Editions Créaphis, 2002, pp. 99-101.
  35. Voir le site Trezianiz dans lequel sont regroupés tous les travaux que j'ai consacrés à cette partie maritime de la commune de Plouarzel. http://trezianiz.chez-alice.fr
  36. Yann Riou, Echos du bord de mer (mémoire, culture et langue bretonne à Lampaul-Plouarzel), Emgleo Breiz, 2004, 299 pages. Dans sa préface, Fanch Broudig résume l'approche choisie : En privilégiant les enquêtes orales et la recherche de terrain, il a su s'approprier les méthodes des ethnologues et des linguistes.
  37. Yann Riou, Gast alatõ (petit lexique du breton parlé à Lampaul, à Plouarzel et à Trézien), Emgleo Breiz, 2008, 237 pages.
  38. Daniel Giraudon et Yann Riou, Poissons et oiseaux de mer (dictons, légendes et croyances…), Yoran Embanner, 2013, 271 pages.

    Daniel Giraudon et Yann Riou, Coquillages et crustacés (dictons, légendes et croyances du bord de mer), Yoran Embanner, 2013, 271 pages.

  39. Yann Riou, Paroles de gabariers (la vie d'une communauté dans le transport maritime breton, 1900-1950), Yoran Embanner, 2011, 496 pages.
  40. Bernard Cadoret, dans son avant-propos, page 12

 

Bibliographie

 

Les enquêtes réalisées à l'initiative de l'amiral Dyèvre ont toutes été publiées dans les Annales hydrographiques. Les chiffres entre parenthèses indiquent les numéros des toponymes suivant la logique choisie au début des enquêtes.

Exemple de présentation du fruit des enquêtes menées sous l'impulsion de l'amiral Dyèvre. Parmi les reproches que l'on peut formuler sur ce mode de présentation, le besoin de "traduction française" n'est pas un des moindres. Il focalise l'attention du collecteur sur le sens du toponyme plus que sur sa forme. L'absence de place pour les éventuelles variantes du nom est un autre des reproches. L'absence de phonétique pose également problème pour les linguistes cherchant à interpréter le toponyme après publication (où est l'accent tonique ?).

 

Cuillandre Joseph, Toponymie de l'archipel Ouessant-Molène, 1949, (1-941)

 

Guilcher André, Toponymie de la côte bretonne entre Audierne et Camaret, 1950, (1001-1821)

 

Connan Jacques, Toponymie des abords de Trébeurden, 1955, (1901-1993)

 

Guilcher André, Toponymie de la côte bretonne entre Le Four et l'Ile Vierge, 1952, (2001-2540)

 

Dujardin Louis, Toponymie de la côte bretonne entre Le Conquet et Argenton, 1953, (2701-2912)

 

Guilcher André, Toponymie de la rade de Brest et de ses abords, 1954, (3001-3389)

 

Ters François, Toponymie de la côte du Goëlo (Le Trieux-Bréhat-Paimpol), 1955, (3401-4289)

 

Le Berre Alain, Toponymie nautique de la côte sud du Finistère, deuxième partie, de Quimperlé à Beg-Meil, 1960, (4501-5695)

 

Le Berre Alain, Toponymie nautique de la côte sud du Finistère, deuxième partie, de Beg-Meil à Audierne, 1961, (5701-6992)

 

Bernier Gildas, Toponymie nautique de la Presqu'île de Quiberon, 1956, (7000-7150)

 

Bernier Gildas, Toponymie nautique des îles de Houat et Hoëdic, 1958, (7001-7150)

 

Dujardin Louis, Le Berre Alain, Toponymie nautique de l'Ile de Batz et de ses abords, 1965, (7201-7846)

 

Bernier Gildas, Toponymie nautique du Golfe du Morbihan et de ses abords, 1965, (7801-8199)

 

Bernier Gildas, Toponymie nautique de Belle-Ile, 1967, (8201-8399)

 

Le Berre Alain, Toponymie nautique de la côte nord du Finistère entre l'Ile Vierge et l'Ile de Batz, 1968, (8401-9812)

 

Le Berre Alain, Toponymie nautique de la Baie de Morlaix, 1971, (9901-10556)

 

Bernier Gildas, Le Berre Alain, Toponymie nautique de l'Ile de Groix et des abords de Lorient, 1972, (10601-11167)

 

Omnès Abel, Toponymie nautique de la rivière de Tréguier et de ses accès, 1971, (11201-11421)

 

Le Berre Alain, Toponymie nautique du plateau de la Méloine à Plougrescant, 1971, (11501-13422)

 

 

Les enquêtes réalisées à l'initiative de Mikael Madeg ont toutes été publiées chez Ar Skol Vrezoneg/Emgleo Breiz. La série compte officiellement 15 volumes, mais le premier pouvant être vu comme le numéro 0, car revu et augmenté par Per Pondaven et Yann Riou (an Enezeier), il est préférable d'en comptabiliser 14.

 

Madeg Mikael, Renabl Anoiou Lehiou Inizi Kornog Goueled Leon, 299 p., 1991.

 

Pondaven Per, Madeg Mikael, Renabl anoiou lehiou arvor Goueled Leon. Etre an Aber hag an Aberig, 254 p., 1995.

 

Pondaven Per, Madeg Mikael, Renabl anoiou lehiou arvor Goueled Leon. Etre an Aberig hag Aod Vraz Lambaol, 210 p., 1997.

 

Pondaven Per, Madeg Mikael, Renabl anoiou lehiou arvor Goueled Leon. Etre Enez Trevoc'h hag an Aber Ac'h, 260 p., 1997.

 

Pondaven Per, Renabl anoiou lehiou arvor Bro Bagan. Etre an Aber Ac'h hag ar Vougo, 269 p., 1998.

 

Madeg Mikael, Riou Yann, Renabl anoiou lehiou arvor Goueled Leon. Etre Elorn ha Porz Skaf, 283 p., 1999.

 

Pondaven Per, Madeg Mikael, Renabl anoiou lehiou arvor Bro Bagan. Etre ar Vougo hag Enez Kêrlouan, 275 p., 2000.

 

Pondaven Per, Madeg Mikael, Renabl anoiou lehiou arvor Bro Bagan. Etre Enez Kêrlouan hag an Aod Veur, 183 p., 2000.

 

Pondaven Per, Madeg Mikael, Renabl anoiou lehiou arvor Gorre Leon. Etre an Aod Veur ha Kanol ar Porz Nevez, 225 p., 2001.

 

Pondaven Per, Madeg Mikael, Sibirill, Santeg, Plougouloum. Renabl anoiou lehiou arvor Gorre Leon, 179 p., 2004.

 

Pondaven Per, Madeg Mikael, Rosko, Kastell-Paol. Renabl anoiou lehiou arvor Gorre Leon, 151 p., 2004.

 

Pondaven Per, Tro Enez Vaz. Renabl anoiou lehiou arvor Gorre Leon, 119 p., 2004.

 

Pondaven Per, Madeg Mikael, Bae Montroulez. Renabl anoiou lehiou arvor Gorre Leon, 242 p., 2004.

 

Madeg Mikael, Pondaven Per, Tro Enez Eusa : Renabl anoiou lehiou inizi kornog Goueled-Leon, Ar Skol Vrezoneg / Emgleo Breiz, 243 p., 2004.

 

Madeg Mikael, Pondaven Per, Yann Riou, An Enezeier : Renabl anoiou lehiou inizi kornog Goueled-Leon, Ar Skol Vrezoneg / Emgleo Breiz, 321 p., 2004.

 

Exemple de présentation des toponymes recueillis par les membres de l'Ecole d'Onomastique Léonarde. Le nom est présenté en gras souligné, précédé d'une indication sur sa nature (le mot "karreg", roche, est représenté par (k)) et suivi de sa transcription en alphabet phonétique international, avec ses éventuelles variantes.

 

Une note, qui propose des commentaires sur le toponyme, est annoncée par "N." (notenn). On comprend ici l'intérêt d'enquêter parmi les différentes communautés maritimes fréquentant le lieu. Le nom Bos ar Miliner est celui utilisé par les goémoniers (du Pays Pagan) alors que les Sénans parlent de Plasenn ar Miliner, en précisant que c'est l'un d'eux qui est involontairement à l'origine du nom. Les marins de Porspaul, quant à eux, parlent du Sklosenn ar Sili (le haut-fond aux congres).

 

L'un des désavantages majeurs de cette présentation est assurément d'être rédigée uniquement en breton…

 

 

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